
Voici une brève présentation de l'axe de recherche « TMS liés au travail et à l'ergonomie » :
Responsables de l'axe de recherche :
Description de l'axe de recherche :
Ce que sont les troubles musculo-squelettiques au travail
Les troubles musculo-squelettiques (TMS) regroupent plusieurs types de lésions, de douleurs ou de symptômes de l'appareil locomoteur. Plusieurs sites corporels sont visés : le cou, le dos, les membres supérieurs et les membres inférieurs. Ces lésions touchent des tendons, des muscles, des ligaments, certains nerfs ou d'autres structures autour des articulations. Dans les pays développés, les TMS sont la première cause d'incapacité (WHO, 2003) et ils représentent le problème de santé relié au travail le plus fréquemment rapporté. Au Canada, les TMS se situaient au 2e rang des pathologies les plus coûteuses, derrière celles d'origine cardiovasculaires et devant celles associées à un cancer. Leur coût total s'élevait à 16.4 milliards de $ en 1998 (Santé Canada, 2002). Au Québec, les lésions liées aux TMS comptaient pour environ 38% des lésions professionnelles indemnisées par la CSST en 2000, pour une facture de plus de 500 millions $, soit 40% des débours de la CSST. Ces valeurs ont progressé à 700 millions $, soit 40% des lésions indemnisées et 43% des débours en 2005 (CSST, 2006). L'Enquête québécoise sociale et de santé de 1998 a également montré que ces lésions liées aux TMS sont la cause principale d'incapacité dans la population québécoise (ISQ, 2001). La perte de productivité résultant d'une détérioration de la santé des travailleurs ou de l'incapacité au travail liées aux TMS est une préoccupation majeure pour les employeurs concernés, leurs employés, les compagnies d'assurance et les commissions des accidents du travail, ainsi que pour les intervenants en santé au travail. Ces statistiques passent sous silence les coûts humains et sociaux supportés par les travailleurs victimes des TMS et leurs proches.
Origine des TMS
On reconnaît de plus en plus que les TMS liés au travail sont d'origine multifactorielle : des facteurs physiques (principalement d'origine biomécanique), des facteurs reliés à l'organisation du travail et des facteurs psychosociaux en milieu de travail, de même que des facteurs personnels et des facteurs psychosociaux hors travail peuvent contribuer à l'émergence des TMS (Ariens et al., 2001; Bernard et al., 1997; Buckle P. et Devreux J., 2002; Kuorinka et Forcier, 1995; National Research Council, 2001; Stock, 1991). Les facteurs de risque physiques les plus souvent associés aux TMS concernent la manutention de charge lourde, les postures de travail statiques, les postures contraignantes, les mouvements répétitifs des bras et des mains, la force, la répétitivité, l'exposition au froid et aux vibrations. Le rapport du National Research Council Council (2001) identifie cependant clairement que des lacunes importantes demeurent quant aux connaissances sur l'exposition des travailleurs à ces facteurs de risque et aux réponses physiologiques en découlant. Ce rapport précise d'ailleurs le besoin de développer des méthodes objectives de mesurer les expositions avec précision et exactitude.
Plusieurs travaux en lien avec le sujet
Afin d'adresser particulièrement cette lacune un groupe de chercheurs de l'IRSST, dont des membres de l'axe TMS (Delisle et Imbeau), ont initié des travaux qui ont conduit au développement d'une méthode ambulatoire d'estimation des postures et mouvements du dos (Plamondon et al., 2007). D'autres travaux impliquant Delisle et Imbeau se sont également intéressés à la quantification de la réponse biomécanique et physiologique résultant d'une exposition aux vibrations du corps entiers (Santos et al., 2008). Les méthodes de mesures objectives de l'exposition sont également très utiles pour évaluer l'impact des interventions à court terme. Les travaux de Delisle et Imbeau s'intéressent également à cette problématique (Delisle et al., 2007). En lien avec la mesure de l'exposition aux facteurs de risque, des méthodes subjectives doivent également être développées pour permettre la caractérisation de l'exposition de grandes populations. À travers une revue de la littérature, des chercheurs de l'axe stratégique ont d'ailleurs démontré les problèmes de fidélité et de validité associés aux questions utilisées pour caractériser l'exposition aux contraintes physiques et ont proposé des pistes pour les améliorer (Stock et al., 2005b).
L'informatisation sans cesse croissante des milieux de travail apportent des transformations importantes du travail et des répercussions sur la santé musculo-squelettique des travailleurs. Des travaux sont ainsi menés par des chercheurs de l'axe stratégique en regard de cette problématique, notamment sur les effets de différents aménagements de poste de travail pour le travail à l'ordinateur (Delisle et al., 2006; Delisle et al., 2008) et la problématique du travail en centre d'appels (Toulouse et al., 2006). Par ailleurs, malgré la forte informatisation et automatisation des milieux de travail, la manutention manuelle demeure une activité de travail fortement associée aux lésions au niveau du dos.
Enjeu majeur : L'évaluation de l'efficacité des intervention de prévention
L'évaluation de l'efficacité des interventions pour prévenir les TMS demeurent un enjeu de recherche crucial. De nombreux rapports et plusieurs revues de la littérature scientifique concluent que les interventions qui visent la réduction des facteurs de risques physiques et organisationnels sont les plus efficaces pour réduire les TMS. L'engagement de la direction de l'entreprise et l'implication des employés dans le processus sont essentiels. (Kuorinka et Forcier, 1995; National Research Council, 2001; Volinn, 1999; Winkel et Westgaard, 1996; Westgaard et Winkel, 1997; Zwerling et al., 1997). Des travaux de membres du RRSSTQ démontrent clairement ce constat à travers plusieurs interventions (St-Vincent et al., 2006). Un ouvrage collectif sur l'intervention ergonomique comme avenue de prévention des TMS est en élaboration. Cet ouvrage permettra de formaliser l'expertise de chercheurs et de praticiens chevronnés en intervention ergonomique. En plus de s'intéresser aux effets des interventions sur les TMS, des chercheurs de la communauté TMS (Denis, St-Vincent et Imbeau), dans une revue critique de la littérature, ont bien démontré l'importance qu'il faut accorder au processus d'implantation de l'intervention. Il s'avère que plus l'analyse du travail est détaillée pendant l'implantation de l'intervention, plus nombreuses seront les transformations, et ainsi meilleures seront les chances d'obtenir des effets sur les TMS (Denis et al., 2008).
Il est bien connu qu'une part importante des coûts sociaux des TMS est associée à un nombre relativement restreint de travailleurs grandement affectés et absents du travail pour une période prolongée. La prévention de l'incapacité prolongée associée au TMS revêt donc un intérêt particulier et est unique par son approche systémique et centrée sur l'analyse de l'activité de travail.
Certaines population plus affligées par les TMS
Cette problématique retient l'attention de plusieurs chercheurs du RRSSTQ depuis plusieurs années. L'intégration des approches biomécanique et ergonomique pour l'étude de la manutention constitue l'une des forces de cette équipe (Nastasia et al., 2007). Des transformations de la population active s'observent également : une proportion croissante de femmes, des immigrants plus nombreux. Or, il semble que ces populations soient davantage affligées par des TMS. Des membres du RRSSTQ (Messing et Lippel) s'intéressent particulièrement à comprendre ce qui explique ce phénomène (Gravel et al., 2007; Premji et al., 2008; Messing et Stellman, 2006). En ce qui concerne la préoccupation de l'effet du genre sur les TMS, un important projet est en développement (Plamondon, Denis, Delisle, St-Vincent) dans lequel les stratégies développées par des femmes manutentionnaires seront étudiées.
Notamment, les travaux de Susan Stock ont conduit au développement d'un guide pour soutenir les entreprises qui désirent concevoir et implanter un programme pour favoriser le maintien et le retour au travail (Stock et al., 2005a). Le développement de protocoles d'évaluation des limitations fonctionnelles associées aux TMS (J. Côté), et l'étude des facteurs pronostics d'incapacité chronique (M. Truchon), sont d'autres intérêts de recherche.
Principaux objectifs de l'axe stratégique :
Pour s'attaquer à ce problème majeur de santé que sont les TMS, un programme interdisciplinaire de recherche concertée s'impose, allant d'une connaissance plus approfondie des mécanismes fondamentaux de leur développement, à l'amélioration de leur prévention. Ce programme de recherche doit aussi inclure l'évaluation de l'efficacité des différentes stratégies de prévention, ainsi que permettre l'intégration rapide de nouvelles connaissances aux pratiques préventives en milieu de travail.
Les principaux objectifs de l'axe sont :
Références :